Saison

Julien Leroy, Bernard Cavanna, Jonathan Pontier

Rituels sonores autour de la mémoire du monde

DISTRIBUTION

TM+
Julien Leroy, direction

Noëmi Schindler, violon
Marc Desmons, alto
Charlotte Testu, contrebasse
Florian Lauridon, violoncelle
Anne Ricquebourg, harpe
Florent Jodelet, percussions

Durée 1h

PROGRAMME

 

Sofia Goubaïdoulina (1931–2025), Allegro disperato des Cinq études (1965)
Elliott Carter (1908–2012), Improvisation
Bernard Cavanna (né en 1951), Barbare + Sanza 
Nina Šenk (née en 1982), T.E.R.R.A. 
Jonathan Pontier (né en 1977), Meilleurs ailleurs création
Bernard Cavanna (né en 1951), In G for BASHung (2009)
Giacinto Scelsi (1905–1988), Okanagon (1968)
Liza Lim (née en 1966), Cardamom (2024)
Bernard Cavanna (né en 1951), Trois strophes sur le nom de Patrice Emery Lumumba création de la nouvelle version

 

30 janvier 2027 – Conservatoire de Gennevilliers

Ce concert se déploie comme une traversée.
Non pas une simple succession d’oeuvres, mais une suite de passages — d’une matière sonore à une autre, d’un paysage intérieur à une mémoire collective.

Ce concert se déploie comme une traversée.
Non pas une simple succession d’œuvres, mais une suite de passages — d’une matière sonore à une autre, d’un paysage intérieur à une mémoire collective.

Allegro disperato, la quatrième des Cinq Études de la compositrice russe Sofia Goubaïdoulina, ouvre le concert avec les trois instruments, harpe contrebasse et percussion, en nous invitant à la danse quasi latino-américaine, en alternant des rythmes binaires et ternaires.

De cette pulsation surgit Barbare et Senza, deux pièces pour harpe seule de Bernard Cavanna.
Barbare, joué en partie au plectre, fait penser à une incantation qui s’intensifie au fur et à mesure : un groupe de notes se répète et devient comme un flot puissant. Senza est directement inspirée de l’instrument africain du même nom.

Dans le trio T.E.R.R.A. de la compositrice slovène Nina Šenk, le violon, le violoncelle et la harpe se répondent dans les mêmes hauteurs de notes pour enfin se libérer vers une indépendance virtuose. Des glissandi et des trilles s’exaltent mais font parfois des haltes dans des mondes sonores qui planent et qui posent des questions.

La création de Jonathan Ponthier, Meilleurs ailleurs, introduit alors une inflexion : celle du déplacement. La musique s’y interroge sur l’idée d’« ailleurs », réel ou imaginaire. Entre fragments familiers et ruptures inattendues, elle esquisse la possibilité d’un horizon différent, d’un passage vers d’autres mondes sonores.

La contrebasse de In G for BASHung de Bernard Cavanna pulse aux couleurs africaines mais, comme son nom l’indique, en rendant hommage à Bashung…

Okanagon de Giacinto Scelsi est une œuvre d’une puissance presque rituelle, où Scelsi explore un univers sonore radicalement nouveau. Les instruments y sont utilisés de manière inhabituelle : résonateurs, accords modifiés, amplification et jeux proches de la percussion créent un paysage sonore sombre et profond. La musique repose sur une pulsation lente, que le compositeur compare au battement du cœur de la terre. La pièce prend ainsi la forme d’une incantation sonore.

Dans Cardamom, le violon solo de la compositrice australienne Liza Lim se trouve dans un geste presque méditatif. La scordature de l’instrument vers le grave apporte au son une chaleur proche de celle de l’alto.

Avec les Trois strophes sur le nom de Patrice Emery Lumumba, Bernard Cavanna revient enfin vers l’histoire humaine. Figure majeure de la lutte pour l’indépendance du Congo, Patrice Emery Lumumba incarne une parole politique fulgurante, une exigence de dignité et de liberté portée avec une force tragique. Premier ministre du Congo indépendant en 1960, il fut renversé puis assassiné quelques mois plus tard — symbole d’une espérance brisée et d’un combat qui dépasse les frontières.

Les instruments se rassemblent, se confrontent, s’élèvent comme pour porter cette voix interrompue avec énergie de révolte et de conscience. Des rythmes complexes s’intensifient avec une montée en puissance jusqu’au moment où le groupe se tait pour laisser s’exprimer l’alto, individu seul, avec, au loin, un rythme de morse sur le nom de Patrice Emery Lumumba.

 

Noëmi Schindler

Création – Novembre 2024

TM+
Maison de la musique de Nanterre – scène conventionnée d’intérêt national – art et création -pour la musique